Jean-Yves LOUDE : un homme aimable

Jean-Yves LOUDE, écrivain-voyageur lyonnais, a une nouvelle fois posé sa malle pleine de trésors d’humanité rassemblés lors de ses périples à travers le monde, pour venir à la rencontre d’élèves du collège. En tant que classe médias, nous avons été aux premières loges pour (re)faire connaissance avec lui. Récit d’un vendredi 4 avril hors des sentiers battus…

Mise en place. Tout d abord Jean-Yves LOUDE nous a accueillis avec une leçon africaine : celle consistant à boire un verre d’eau offert en guise de signe d’hospitalité, qu’on vienne pour faire la guerre ou la paix… Puis il a poursuivi ses salutations en plusieurs langues (le français, l’anglais, l’allemand, l’arabe, le berbère, le portugais, le kalash…) puis a ponctué son accueil avec une sanza (ou piano à pouces) pour capter l’attention d’un auditoire constitué de six élèves du Dispositif Relais sur site et de notre classe presque au complet… Pour l’occasion la médiathèque scolaire (= le CDI) avait été réorganisée en version conférence, de manière à ce que tout le matériel apporté par l’auteur soit visible de toutes et tous. Une captation sonore a été réalisée au cours de la matinée afin de garder une trace de sa venue, peut-être la dernière sous cette forme.

La fièvre du voyage. A dix-huit ans, Jean-Yves LOUDE a demandé à ses parents s’il pouvait partir en Inde. Ceux-ci, inquiets, l’en ont dissuadé et ont refusé de l’aider. Avec le recul des années, il considère qu’ils lui ont fait un cadeau inestimable : celui de devoir se débrouiller par lui-même. Pendant deux ans, il a ainsi lavé des vitres et des voitures pour réussir à financer son billet aller d’avion pour l’Inde, en compagnie d’un ami. Une fois à destination, il a découvert une partie très riche de la population indienne mais surtout une majorité de gens très pauvres. Sans argent pour « jouer les touristes », son ami et lui ont parcouru le pays grâce aux moyens de transports en commun, dormant dans des trains et mangeant dans des échoppes en pleine rue. Ils ont découvert ce que foule et bruit signifient quand toute une ville « grouille » d’activités, jour et nuit. Pour pouvoir rentrer en France, il leur a fallu gagner l’argent de leur retour, en train et en bus, à travers l’Afghanistan, le Pakistan, la Turquie… Avec seulement cinquante centimes en poche en arrivant à Lyon !

Créateur de Lyon Poche, il poursuit son activité en tant que journaliste et chroniqueur dans ce périodique local. Il rencontre Viviane LIEVRE, elle-même atteinte de « la même maladie » qui va devenir sa compagne de voyages et de vie. A deux désormais, ils repartent pour l’Asie.

Jean-Yves LOUDE, à l’écoute de textes offerts… par les élèves @MagRouRam

Grâce à la nouvelle de Rudyard KIPLING « L’homme qui voulut être roi« , leurs pas les ont conduit au fin fond des hautes vallées himalayennes, en terres kalash, après avoir pris un avion de ligne, un autre plus petit, un bus/taxi sur des chemins aussi escarpés que dangereux puis huit heures de marche sur des sentiers de montagne. Enfin, ils ont rencontré les Kalash qui les ont accueillis mais avec lesquels ils n’ont pas pu dialoguer par incompréhension linguistique mutuelle ! De retour en France, ils ont cherché des renseignements sur ce peuple de l’Himalaya mais ils n’ont rien trouvé. C’est alors qu’ils ont décidé d’y retourner pour étudier ce peuple chamanique, cerné par les Musulmans du Pakistan. Au cours de plusieurs saisons passées avec les Kalash, échelonnées sur plus de deux ans, ils ont pu apprivoiser la langue (grâce à un jeune du village ayant appris l’anglais) et écrire à leurs propos. L’occasion de valider leurs mémoires d’ethnologie en apportant un regard neuf et mixte sur ce « plus petit peuple du monde » alors voué à disparaître. Une admiration de leurs différences qui constituent une grande richesse et qui les a sans doute sauvés de l’oubli. Un premier livre très important pour les Kalash et pour Jean-Yves et Viviane.

Tous les chemins mènent à Haïti. Après l’Asie, le continent africain est devenu un territoire d’études et de nombreux voyages. En suivant le périple forcé des esclaves noirs, notre couple d’écrivains-voyageurs est arrivé à Haïti. Après le tremblement de terre, choqué par la masse de décombres et de déchets de tous ordres présents à Cité Soleil, la ville proche de la capitale Port-au-Prince, Jean-Yves LOUDE a rencontré Monsieur DUVAL, riche propriétaire, désireux de faire quelque chose pour les habitants de ce bidonville à ciel ouvert. Outre la création d’un centre sportif et d’une école, il a également permis la réalisation d’un centre de traitement et de revalorisation des déchets que Jean-Yves LOUDE a raconté dans son roman : « Prince des Fatras » et dans un documentaire du même nom. La première république noire de l’Histoire, vainqueur des soldats napoléoniens a dû payer un lourd tribu à la France pourtant vaincue. Une dette dont le pays ne s’est toujours pas remis. Tous les arbres détruits à cette époque ont entraîné des conséquences encore visibles aujourd’hui. Pas assez de bois, des coulées de terrain, un environnement dégradé. Désertique et soumis à la violence, Haïti est pourtant beaucoup plus riche de culture et d’Histoire, que son voisin insulaire la République dominicaine…

La Clé des Langues… Après la langue créole pour approcher toute la créativité du peuple haïtien, notre écrivain-voyageur est parti sur les traces des anciens esclaves : un voyage d’est en ouest en terres noires et lusophones : de Lisbonne à Brasilia, en passant par l’archipel du Cap-Vert et Sao Tomé… Une façon d’appréhender une autre Histoire que celle enseignée dans les manuels. Ainsi apprend-on que le premier découvreur de l’Amérique fut un roi malien des siècles avant l’arrivée de Christophe Colomb à Hispanolia… et que le racisme ordinaire repose sur une ignorance bien entretenue par les Blancs…

Comme nous, Jean-Yves LOUDE n’a pas la langue dans sa poche… et ne compte ni son énergie ni son temps pour défendre des idées humanistes, loin du tourisme de masse et des réseaux sociaux…

Un texte co-rédigé par Eléonore, Eva et Sadek,

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